Diabète de type 2 et risque de fracture : quel rôle joue la fonction physique chez les femmes âgées ?
Le diabète de type 2 est associé à un risque accru de fractures, y compris chez les personnes dont la densité osseuse est normale ou supérieure à la moyenne. Ce constat peut sembler paradoxal : si les os sont plus denses, pourquoi se fracturent-ils plus facilement ?
Une étude suédoise publiée dans la revue JAMA Network Open en août 2024 s’est intéressée à cette question chez des femmes âgées de 75 à 80 ans. Les chercheurs ont comparé leur densité et leur structure osseuses, mais aussi leur équilibre, leur force musculaire et leurs capacités physiques.
Leurs résultats suggèrent que la diminution des capacités physiques pourrait contribuer au risque accru de fracture chez les femmes âgées atteintes de diabète de type 2. Cette étude apporte un éclairage intéressant, sans toutefois démontrer que les difficultés physiques expliquent à elles seules toutes les fractures observées.
Diabète de type 2 et risque de fracture : que révèle l’étude ?
Publiée le 6 août 2024, l’étude intitulée Type 2 Diabetes and Fracture Risk in Older Women a été menée par des chercheurs suédois à partir des données d’une cohorte de femmes âgées.
Les chercheurs ont comparé 3 008 femmes âgées de 75 à 80 ans, dont 294 étaient atteintes de diabète de type 2 et 2 714 n’étaient pas diabétiques.
Ils ont recueilli des données sur les antécédents médicaux, les fractures, les traitements, la densité minérale osseuse et plusieurs indicateurs de la qualité osseuse. Ils ont également évalué les capacités physiques des participantes, notamment leur équilibre, leur vitesse de marche et leur force musculaire.
Le suivi des nouvelles fractures a duré plusieurs années, avec une durée médiane de 7,3 ans.
Au cours de cette période, les chercheurs ont recensé 1 071 nouvelles fractures dans l’ensemble de la cohorte, dont 853 fractures ostéoporotiques majeures et 232 fractures de la hanche.
Après ajustement pour différents facteurs, le diabète de type 2 était associé à un risque accru de fracture, toutes localisations confondues, de 26 % (HR : 1,26 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,04–1,54).
Le risque de fracture ostéoporotique majeure était également plus élevé de 25 % (HR : 1,25 ; intervalle de confiance à 95 % : 1,00–1,56). Cette dernière estimation doit toutefois être interprétée avec prudence, car son intervalle de confiance atteint la valeur de 1, ce qui rend le résultat statistiquement limite.
Ces résultats confirment une association entre diabète de type 2 et risque de fracture dans cette population. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir les mécanismes responsables de cette augmentation.
Pourquoi les femmes âgées diabétiques ont-elles une densité osseuse plus élevée ?
L’un des résultats importants de cette étude concerne la densité minérale osseuse.
Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, les femmes atteintes de diabète de type 2 présentaient une densité osseuse supérieure à celle des femmes non diabétiques à plusieurs endroits du squelette.
La densité était notamment plus élevée de 4,4 % au niveau du col du fémur, de 4,9 % au niveau de la hanche totale et de 5,2 % au niveau de la colonne lombaire.
Pour autant, une densité osseuse plus élevée ne garantit pas une protection contre les fractures. La densité minérale osseuse ne résume pas à elle seule toutes les propriétés qui déterminent la résistance d’un os.
D’autres facteurs peuvent intervenir, notamment la structure osseuse, le renouvellement du tissu osseux, les complications du diabète et le risque de chute.
L’Institut National Américain du Diabète, des Maladies Digestives et des Maladies Rénales (National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases -NIDDK) explique que les personnes atteintes de diabète de type 2 peuvent présenter une densité osseuse normale ou élevée tout en conservant un risque de fracture supérieur à celui des personnes non diabétiques.
L’étude suédoise apporte un élément supplémentaire : dans la population étudiée, les différences de densité et de structure osseuses ne semblaient pas suffire à expliquer le risque accru de fracture.
Une fonction physique moins bonne chez les femmes atteintes de diabète de type 2
Les chercheurs ont également constaté des différences significatives dans les capacités physiques des participantes.
Par rapport aux femmes non diabétiques, celles atteintes de diabète de type 2 présentaient notamment :
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Un score d’activité physique inférieur de 19,2 %.
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Une vitesse de marche plus faible, avec une différence de 9,9 %.
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Des performances inférieures au test consistant à se lever d’une chaise, marcher sur une courte distance, faire demi-tour et se rasseoir : le temps nécessaire était supérieur de 13,9 %.
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Une force de préhension inférieure de 9,7 %.
Ces tests évaluent différentes dimensions de la mobilité et de la force musculaire. Des capacités physiques diminuées peuvent rendre certains déplacements plus difficiles et compliquer le maintien de l’équilibre.
Ces différences constituent une piste importante pour comprendre le risque de fracture chez les femmes âgées atteintes de diabète de type 2.
Il faut néanmoins distinguer les observations des conclusions causales : l’étude a mis en évidence une moins bonne fonction physique chez les participantes diabétiques, mais elle ne démontre pas directement que cette différence est à l’origine de toutes les fractures supplémentaires.
Le risque de chute peut-il expliquer l’augmentation des fractures ?
Une chute est une cause fréquente de fracture chez les personnes âgées. L’équilibre, la force musculaire, la vitesse de déplacement et la capacité à se relever jouent donc un rôle important dans la prévention de ces accidents.
Le diabète peut aussi s’accompagner de complications susceptibles de perturber les déplacements, comme une neuropathie périphérique — une atteinte des nerfs pouvant diminuer la sensibilité des pieds —, des troubles visuels ou une faiblesse musculaire.
L’Institut National Américain du Vieillissement (National Institute on Aging – NIA) rappelle que plusieurs maladies chroniques, dont le diabète, peuvent affecter l’équilibre et augmenter le risque de chute chez les personnes âgées.
Dans l’étude suédoise, les femmes atteintes de diabète de type 2 avaient des capacités physiques plus faibles, alors que leurs caractéristiques osseuses n’étaient pas globalement moins bonnes. Les chercheurs estiment donc que la fonction physique pourrait contribuer à expliquer leur risque de fracture.
Cette interprétation est cohérente avec les résultats observés, mais elle doit rester prudente. L’étude n’a pas démontré que les chutes constituaient l’unique mécanisme responsable de l’augmentation du risque.
D’autres facteurs peuvent également intervenir, notamment la durée du diabète, l’équilibre glycémique, certaines complications et les traitements utilisés.
Les traitements du diabète influencent-ils le risque de fracture ?
Les chercheurs ont également examiné les résultats selon les traitements antidiabétiques utilisés par les participantes.
Certaines différences de risque de fracture ont été observées entre les sous-groupes de traitement. Toutefois, ces résultats ne permettent pas de conclure qu’un médicament donné est directement responsable d’une augmentation du risque.
Les femmes qui prennent de l’insuline peuvent notamment présenter un diabète plus ancien ou plus complexe, ce qui peut influencer leur état de santé et leur risque de fracture indépendamment du traitement lui-même.
De manière générale, les liens entre médicaments antidiabétiques et santé osseuse dépendent du traitement concerné, des caractéristiques des patients et des autres facteurs de risque présents.
Le NIDDK souligne que certains traitements du diabète peuvent avoir des effets sur la santé osseuse et que l’évaluation du risque doit tenir compte de l’ensemble du contexte médical.
Les résultats de cette étude ne justifient donc pas de modifier ou d’interrompre un traitement antidiabétique. Toute décision concernant un traitement doit être prise avec le professionnel de santé qui suit la personne.
Comment préserver la mobilité et limiter le risque de fracture ?
Les résultats de cette étude soulignent l’intérêt de ne pas se limiter à la mesure de la densité osseuse lorsqu’on évalue le risque de fracture chez une personne âgée atteinte de diabète de type 2.
La mobilité, l’équilibre, la force musculaire, les antécédents de chute et les complications du diabète méritent également d’être pris en compte.
Une activité physique adaptée, comprenant notamment des exercices de renforcement musculaire et d’équilibre, peut contribuer au maintien des capacités fonctionnelles et à la prévention des chutes chez les personnes âgées.
La prévention repose aussi sur une prise en charge adaptée du diabète, le suivi des éventuels troubles de la vision ou de la sensibilité des pieds, ainsi que l’évaluation des facteurs individuels de risque de chute.
Le National Institute on Aging présente plusieurs mesures de prévention, notamment le maintien d’une activité physique adaptée, l’évaluation des médicaments susceptibles de provoquer des vertiges et la correction des problèmes de vision.
Ces mesures ne garantissent pas l’absence de fracture, mais elles peuvent contribuer à préserver l’autonomie et à réduire certains facteurs de risque.
Conclusion : diabète de type 2 et fractures, au-delà de la densité osseuse
L’étude publiée dans JAMA Network Open montre que les femmes âgées de 75 à 80 ans atteintes de diabète de type 2 présentent un risque accru de fracture, malgré une densité osseuse plus élevée à plusieurs endroits du squelette.
Leurs performances physiques étaient également moins bonnes, notamment en matière de mobilité, de vitesse de marche et de force musculaire. Ces observations suggèrent que la fonction physique pourrait contribuer à expliquer une partie du risque de fracture.
Cependant, cette étude observationnelle ne prouve pas que les difficultés physiques sont l’unique cause de cette augmentation du risque. Ses résultats concernent spécifiquement des femmes âgées et ne peuvent pas être généralisés sans précaution à tous les patients diabétiques.
Ils rappellent surtout qu’une évaluation du risque de fracture ne doit pas reposer uniquement sur la densité osseuse : l’équilibre, la mobilité, la force musculaire et les complications du diabète sont également des éléments importants à considérer.
Sources scientifiques et médicales
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Zoulakis M. et al. (2024). Type 2 Diabetes and Fracture Risk in Older Women. JAMA Network Open, 7(8), e2425106.
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National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Can Diabetes Lead to Bone Problems?.
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National Institute on Aging. Falls and Fractures in Older Adults: Causes and Prevention.